Jour de colère

Et si on s'énervait un peu ?

12 décembre 2008

Et la touche Quit?

C'est un poste que j'espérai enfin garder quelques semaines. Qu'on m'a soufflé de façon très grossière. Je ne suis pas dupe, j'ai fait un minimum de vagues, histoire de faire savoir ce que j'en pensais.

Mais surtout je quitte les enfants, mes enfants, mes bouts. Et mon coeur se déchire. Et il faut absolument que je les laisse s'en aller vers d'autres aventures.

Putain de vie.

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14 novembre 2007

De la colère

Il se pose à sa table, heureux comme un roi. Puis la colère se met à le rattraper.On ne sais pas contre qui ou contre quoi. Le pire, c'est que c'est probablement contre lui-même.
Alors il commence à se cogner ;aux autres élèves d'abord, puis à moi. Enfin puisque tout le monde esquive en lui disant que ce mode de fonctionnement ne nous intéresse pas, aux meubles et à lui-même. Il se tape littéralement la tête contre le bureau. Et quand je le regarde, je vois un emmuré. Il se laisse aller dans cette avalanche de sentiments sans supporter ni maitriser. Il est complètement prisonnier de sa colère.

En rentrant à la maison, je suis confrontée à une des colères monstrueuses de Zoé, de celles qui doivent s'arrêter vite avant qu'elle ne se fasse mal et qui finissent en général sous la douche. On évite la douche toute habillée (dans ces moments-là, je me fais l'effet d'un slalomeur), on prend la douche normale, juste très hurlante, puis sortie de là, je la vois croiser les bras et se mettre à se forcer à respirer. Un brin agressive, je lui demande ce qu'elle fait. "J'essaye de me calmer". La suite de l'histoire, c'est qu'elle a réussi. Alors je lui ai raconté l'histoire du petit garçon qui était enfermé dans sa colère et combien elle était forte d'avoir réussi à dominer la sienne. Je lui ai avoué que confrontée à une si grosse colère, je n'étais pas sûre d'arriver à me calmer aussi bien qu'elle. Je lui ai redis toute ma fierté.

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12 octobre 2007

Du bonheur d'enseigner

Ces dernières semaines m'ont fait croiser des classes qu'on peut dire difficiles ou pénibles, selon l'humeur et le taux d'épuisement-découragement. De ces classes qui vous donnent la nausée, non qu'elles vous écoeurent, mais qu'elles vous demandent tant qu'elles vous essorent, jusqu'au ZUT généralisé du corps.
De ces classes qu'on ne peut pas faire longtemps.

Ce matin, j'ai été appelée dans une CLIS, Classe d'Intégration Scolaire, lieu de pause et de transit pour enfants aux difficultés multiples, qui à l'année, qui à cheval sur d'autres classes, qui pour un temps, qui pour tout le temps. C'est la deuxième que je fais cette année. Mais on ne peut pas concevoir deux univers plus différents. La première rélevait de la sus-citation. L'autre... Un bonheur. L'opposé.

Je suis dans une parenthèse rassurante et constructive, dans un univers fait pour sécuriser et stimuler les enfants, les aider à devenir des élèves à part entière. Ils sont heureux de me faire entrer dans leur univers, moi d'y travailler, eux de me voir si contente de les rencontrer. Ils ont des difficultés mais qu'à cela ne tienne, je suis là pour les aider.Je suis bien plus à ma place ici que face à des enfants qui savent déjà tout.

Cet après-midi, je suis seule avec eux [J'ai eu une Assistante de Vie Scolaire ce matin dans la classe]. Plus inquiétant, plus destabilisant. J'en connais qui vont suréagir en l'absence de repères. Mais peu importe.
Nous sommes bien ensemble et nous allons avancer.

PS: Connaissant l'enseignante par ailleurs, la sérénité de sa classe m'étonne à moitié. Merci pour ce cadeau fait aux enfants et dont je profite.

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31 janvier 2007

Apprendre à pousser les meubles.

Je m'explique : j'avais quinze ans, elle avait trois, on était coincé chez sa grand-mère dans un minuscule appartement encombré de bibelots fragiles et elle en était au stade Vésuve 79, au bord de l'implosion. Mais impossible de la laisser faire ses cabrioles, sous peine de voir la matinée se de transformer en drame. D'un autre côté, je ne comprenais que trop bien son envie de bouger. C'était insupportable, cet appart.
Alors, j'ai accéder au concept, "le n'importe quoi réglé". On a regardé autour de nous , on a identifié tous ce qui pouvait poser un problème (cassable, blessant, abimable), on l'a poussé, neutralisé. Et on a fait les folles...
Et sa grand-mère a débarqué pour me reprocher de trop l'exciter...Mais c'est une autre histoire.

Etablir des règles avec l'enfant (donc qui ont un sens pour lui) à l'intérieur desquelles tout est possible, c'est la meilleur solution que j'ai trouvée. Et "maman-papa est stressé(e)" peut être une raison, qui, si elle est formulée, permet à l'enfant de déculpabiliser et au parent d'avancer, excuse valable une fois mais pas éternellement.

C'est drôle l'inspiration, des fois...
Ce post répond à un autre, Nos réactions.

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28 décembre 2006

Réparer

Elle se met à hurler parce qu'elle a mouillé sa manche. Sa douleur est abyssale. Elle a conscience de sa bêtise, mais pour elle, la manche est mouillée à tout jamais, il n'y a pas de réparation possible.
Alors je m'assieds sur l'escalier et je lui dit comment réparer : Enlever son haut de pyjama mouillé, le mettre à sécher, en prendre un sec dans le tiroir et chercher un verre pour ne pas se remouiller.
Et brusquement, elle se calme. Elle a une prise sur les évènements, des choses à mettre en œuvre. Elle est en sécurité.

C'est une vérité que j'ai découverte en enseignant. Rien n'est plus stressant pour les enfants que de n'avoir pas de rôle à jouer, de ne pas pouvoir réparer leurs bêtises. Pensez à les rassurer, donnez-leur des solutions à mettre en œuvre tout seuls.

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22 décembre 2006

Celle qui lit et les enfants perdues

Elles sont trois de huit à onze ans et une d'à peine un an. Elles parlent mal le français, plutôt l'espagnol je pense et elles errent dans la ville, de parc en bibliothèque. La bibliothèque justement, où je les ai rencontrées pour la première fois et pas la dernière. Naturellement, je lisais un livre à Zoé. Naturellement, elles se sont assises pour écouter. J'ai laissé faire, ça n'enlevait rien à personne, au contraire.
Depuis, quand on se recroise, au fil de leurs déambulations, je suis "celle qui lit". Hier, elles étaient au parc, dans le froid de la nuit qui tombait, avec de méchants collants, qui laissaient voir l'absence de culotte et des blousons qui ne fermaient plus depuis longtemps. Une conversation de riens, sur le marché du lendemain, mais tu dois aller à l'école, mais j'y vais, j'étais malade, ne me mens pas, la bibliothécaire m'a dit que tu n'y allais pas, sur le prénom de Zoé, c'est pas vrai, elle peux pas s'appeler comme ça, le prénom du bébé, pourquoi tu lui donnes pas le nom de ton mari?
Mais des riens qui parfois m'ont serré le cœur:
-Et comment elle va faire, la petite, quand le bébé va naître? Elle va rester toute seule?

Non, pas elle, parce qu'elle a de la chance et qu'obscurément elle le sait, elle qui me demande, vaguement inquiète, pourquoi la petite fille ne vient pas avec nous à la maison.
Ces questions cruelles qui nous renvoient à nos propres lâchetés, comme celle de son père, unique commentaire, "Il n'y a pas un service de l'enfance à contacter?"

Éviter les miroirs pendant quelques temps...

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19 octobre 2006

Revenir sur ses pas

Comme un rendez-vous rassurant. Pour eux comme pour moi.

"Oh! Le maître n'est pas là ce matin? Mais c'est toi qui viens?"
Oui, c'est moi. Dans une classe que j'aime, dans les baskets d'un collègue qui est un ami, avec qui nous sommes d'accord sur le fondamental du travail, avec des élèves qui étaient les miens l'an dernier, qui me connaissent comme je les connais, avec une A.T.S.E.M. que j'apprécie énormément.
Une matinée de pur bonheur, consacrée uniquement aux enfants, sans aucun parasitage extérieur.

Merci à tous ceux qui ont rendu cette matinée possible.

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28 septembre 2006

Le vide

Cette classe m'a rappelé mes débuts. Même vide.
Pas de jeux, ou si peu, si vieux. Pas de matériel d'arts plastiques. Pas de livres. Pas de goûters.
Et des enfants qui essayent de devenir des élèves. Et qui dans ces conditions fournissent un merveilleux travail. Et le travail se fait, bon an, mal an.

Un miracle...

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23 septembre 2006

Mauvais plan

Il tape, il crie, il insulte. Il est dans la provocation permanente.
Et le voilà qui se retrouve sur le banc à côté de moi car il a mordu un camarade jusqu'à lui laisser la parfaite empreinte de ses dents. Il se lève, il se met à courir. Je lui cours après. Je le rassois en le tenant par la main, en serrant. Il oppose une telle résistance que j'ai peur de lui faire mal. Au bout d'un moment je sors de la cour, car je sais que je ne peux pas avoir le dessus sans user de moyens que je ne veux-peux pas employer.

Cette après-midi-là, il a insulté ses camarades, les a tapés et j'en passe ; pourtant il a fait son travail et pas de crise de nerfs.

Mais combien de temps peut-on tenir face à cette absence complète de règle qui ne connaît que le rapport de force?

Je sais que cet enfant est une future demande de placement, car un jour les parents ne le supporteront plus à la maison, apès avoir nié le problème pendant des années. Et Ça me rends malade.

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26 juin 2006

Le cri du coeur

Il a des problèmes, de tout. Alors on se focalise sur ce qu'on peut quantifier, sinon on ne s'en sortirait pas.
En ce moment, c'est sa peau qui râle, alors on rêve que les parents l'emmènent chez un dermato...

Aujourd'hui, il arrive plein de bonheur "Tu sais, c'est papa qui vient me chercher ce soir, pour m'emmener chez le docteur pour soigner mes verrues." Et moi qui laisse échapper un YOUPPI super sonore. Et lui qui me regarde avec son premier grand sourire plein d'éclats de rire depuis des mois, heureux de voir sa maîtresse faire quelque chose de drôle et heureux d'avoir des adultes vraiment préoccupés de lui.

Allez, en les prenant un par un, on les réduira à merci, les soucis.

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