10 janvier 2009
Femmes à l'écran 6-La colère d'Erin
Bien sûr, Erin Brockovich est un personnage réel. Dont l'étude peut paraitre oiseuse. Mais c'est Soderbergh qui filme. Alors ...
On dit qu'Erin est un prénom irlandais venant du nom du pays même, Eire, l'Irlande, la paisible. Je préfère garder mon hypothèse, soit Eris, déesse de la discorde qui jeta la fameuse pomme de la guerre de Troie.
Tout est déjà dans cette photographie. Parfaite, maquillée, pomponée comme on l'attend d'elle, avec sa dernière dans ses bras, parce que, comme elle le dit dans ce procès qui change sa vie, elle "veut être une bonne mère". Mais debout, en mouvement, à demie tournée pour répondre, la bouche crispée comme pour mordre.
Car Erin n'est que colère. Contre tout et tous. Elle ne sait que mordre et se crisper dans les crasses que lui amène la suite des jours. Jusqu'au moment où...elle transforme cette colère en énergie, en puissance et qu'elle transforme le monde à ses pieds. Tout au long du film, on la voit en coquille, en train de littéralement "éclater" toutes les personnes qui tentent de lui faire une remarque, patron, collègues, petit-ami, de se défendre pied à pied contre le monde qui l'entoure et l'agresse. Il y a une violence rare chez cette femme, que beaucoup confondent avec de la vulgarité. Car tout le monde sait qu'une femme violente est le comble de la vulgarité.
Comme une anti-Scarlett, avec la même rage de réussir; quand l'une voit son monde de luxe, de volupté s'écrouler et qu'elle décide de s'adapter pour réussir, Erin qui a toujours vécu dans un monde misérable, décide qu'elle vaut mieux que ça.
Colère, rage, énergie. Le scénario existe, mais pour moi est secondaire. Comme le personnage de Marie Cardinal [Les mots pour le dire] qui se met à pleurer devant le policier qu'elle voudrait tabasser, la colère est une énergie vitale qui fait partie de nous; ni bien, ni mal; un merveilleux instrument très tranchant et très puissant.
02 septembre 2008
Denys ARCAND - Les invasions barbares
Pour les retardataires qui n'auraient pas suivi le premier opus:
Une bande d'amis, historiens universitaires (échos) à Montréal, baisent à tout va, philosophes beaucoup, vivent un peu. Nous les quittons au moment où la femme de Rémy apprend qu'il a "baisé tout Montréal" et ne le supporte pas bien.

Nous voici 15 ans plus tard, on prend les mêmes et on recommence. Sauf que Rémy s'apprête à mourir, lui qui a tant aimé vivre et qu'il va sauver celle qui vivante veut en finir.
Bah, ce film est de ceux que la tiédeur indiffère. On adore ou on déteste, tant les sujets abordés sont violents et abordés violemment. Reste que Rémy Girard est somptueux, à la manière d'un Jean Piat dans le rôle de Robert d'Artois; que comme les frustrés de Brétécher, ce film me parle de moi, encore et encore; que le premier opus est sorti en 1987, six mois avant la mort de mon père; que le second brasse des sujets qui sont au coeur de mes préoccupations, sens de la vie, filiation, amitié.
Une grande messe!!!
AMEN
Des renseignements sur le film
22 novembre 2007
Alfonso Arau-Les épices de la passion

Il était une fois une jeune fille qui parlait avec sa cuisine...
Entrez dans ce monde et lachez prise. Vous pourrez alors apprécier un des plus beau mélo qu'on ai jamais réalisé [Avec Tout sur ma mère]. Mais comme tout extrait des univers sud-américains, vous devrez accepter des raccourcis fantasques et fantastiques, une sensualité débordante, une narration tout sauf linéaire. D'où le laissez-vous glisser fondamental du début.
Mais tout est merveilleux. La vierge rousse enflammant littéralement le cabanon de ces désirs pour finir sur la croupe d'un révolutionnaire? dans un bordel? Rien que cette scène est d'anthologie.
Alors ne boudez pas votre plasir, si l'occasion vous fait tomber dessus.
29 octobre 2007
Steven Soderbergh-Sexe, Mensonges et videos
La route défile. Si vous avez déjà eu un trou dans le plancher de votre voiture (4L de mes amours), vous
connaissez cette sensation de vertige. Puis s'arrête. Résume le film qui commence. La vie coule entre les mains de Graham comme la route sous sa voiture, sans qu'il arrive à la saisir. A tel point qu'il a décidé de fermer les mains et de ne plus "toucher" les vies d'autruis. Jusqu'au jour où...la voiture s'arrête, la route se fixe et Graham aussi.Tout l'esprit du film tient à ce plan.
Les personnages s'expriment dans des scènes en forme de raccourcis symboliques. Soderbergh a choisi l'opposition de situations de vie quotidienne très lisses, très convenues mais aussi très lourdes de sens donc éminemment implicites, et de dialogues hyper-explicites,dont Graham est le déclencheur.
Le résultat est un bijou cinématographique, un ovni que je vous invite à voir et à revoir.
Méditez en votre coeur : Etes-vous un menteur? Est-ce le mal absolu?
PS : Quelqu'un peut-il me dire où ce film a été tourné? J'y tiens.
19 octobre 2007
Femmes à l'écran 5-Va casser les vagues, Bess
Il y a elle et la caméra. Ce tête-à tête enivrant quand elle nous sourit. Et l'on bascule dans ce genre de film qui nous bouleverse, au sens le plus profond du terme. De ces films que je ne voie que peu de fois, voir une seule, tant il détruise ma vie, la perception que j'en ai, pour mieux la reconstruire. Mais on ne peut pas faire ça tous les jours...
Alors on la regarde se détruire dans cette foi que son sacrifice rendra la vie à son amant, jusqu'à la nausée. Cette envie que l'on a qu'elle ai raison contre toutes nos certitudes, cette compassion qu'elle nous insuffle. C'est un film à vivre, tant il est difficile à raconter, pour moi de le raconter.
Au delà du miroir, non, je te le dis, je n'ai pas renoncé; il y a toujours des matins blafards où je pars "casser des vagues". Et je t'emmène avec moi, mon ange qui ne croyait pas...

17 octobre 2007
Gérard Krawzyck-Je hais les acteurs
Les jours raccourcissent, l'humeur est chagrine; voilà l'antidote. Juste brillant ce qu'il faut, juste méchant comme on les aime. Quelque part entre le roman noir humoristique et le quizz sur le cinéma américain et français.
L'intrigue est prétexte, meurtre et jalousie sur un plateau de cinéma. Restent les dialogues délicieux, la réalisation gourmande (comme l'atelier du Père-Noël début décembre) et les acteurs en question DÉCHAINÉS.
Détaillez l'affiche, c'est Paris brule-t-il des années 80.
Allez, amusez-vous bien.
16 octobre 2007
Femmes à l'écran 4-Les vertige de Claire et d'Eléonore
Claire entre à l'hôpital, encombrée par des milliers de petits maux qui ont envahi sa vie au point de la faire
complètement dysfonctionner. Et au fur à mesure de cette plongée dans la folie, s'agitent autour d'elle les générateurs de son état :Parents frustrés, sœur infantile, amant exploiteur, psychiatre cruel et sadique. Mais peu à peu, face à sa peur, matérialisée par une "sorcière", Eléonore, Claire va se redresser, pointer ses vrais problèmes et rentrer en résistance. Mais Eléonore se sacrifiera pour la sauver.
ce film est une commande d'Arte avec comme contrainte l'utilisation des mini-caméras au format DV qui venait de sortir alors. Claude Miller va bien au-delà et réalise un chef-d'œuvre injustement oublié, surement un des plus beaux rôles d'Anne Brochet [Quoique, c'est une actrice qui transcende ce qu'elle touche, de Masques à Roxane]. Mais ils sont tous extraordinaires. Et ils nous parlent de l'enfermement des femmes, travail, amour, famille, qu'elles approuvent et qui les étouffent. A la limite, comme Marie Cardinal, des mots pour le dire, Claire a de la chance que son corps s'oppose si fortement à la violence qui lui faite et l'oblige en quelque sorte à réagir. Toutes, nous n'avons pas cette chance.
La chambre des magiciennes de Claude Miller
06 octobre 2007
Arsène et moi
Ce soir, Arsène est de retour [Merci Clarisse]. Dieu que la gueule de Romain Duris lui va, fascinant de Gadjo Dillo à ces registres plus classiques.
Et de me demander pourquoi ce personnage m'a toujours fasciné. Et mon compagnon de me demander des explications de textes.
Arsène est un électron libre, autonome et cohérent. Imaginez Robin des Bois sans Richard, sans aucune allégeance, avec pour seule morale la haute opinion qu'il peut avoir de lui-même et ce que cela exige comme obligations envers les autres. Car Arsène n'est pas un anarchiste, ni un être amoral. Mais il ne suit que lui-même, se joue de l'ordre et de la sécurité, se suffit. Il est auto-centré, d'où son coté égoïste et léger, mais aussi sa constance à travers de multiples identités, femmes, aventures et pérégrinations.
Rajoutez à cela mon amour des romans feuilletons, leurs truculences (Ah Rouletabille du Château Noir) et des policiers, et vous comprendrez qu'Arsène fut un des héros récurrent de mon adolescence. A tel point que Jean, qui faillit s'appeler Raoul pour Raoul d'Andrézy, est le seul fils connu du Gentleman Cambrioleur [qui a aussi une fille]. Lapsus authentique...
De ce point de vue, le film respecte le personnage. Et vive Romain Duris !!! Ne pas cracher dans la soupe, à part les ralentis que je trouve excessifs,[mais je ne m'y habituerai pas] le film est grandiloquent et grand guignol, dans l'esprit des romans-feuilleton; c'est aussi pour ça qu'on les aime. Kristine Scott-Thomas est vénéneuse à souhait, Beaumagnan complètement fou et Clarisse une délicieuse image de la vertu assiégée (quoiqu'un peu trop pétulante).
J'aime l'idée d'avoir croisé plein de romans différents dans une même histoire :
-Dans la salle des coffres, Kesselbach est un personnage de 813, combinaison du coffre de la Cagliostro.
-L'aiguille creuse est la forteresse des rois de France dans le roman du même nom, mais pas leur coffre fort, qui est un menhir où sont entassées des pierres précieuses, dans La comtesse de Cagliostro.
-Le manoir déménagé est une aventure d'Arsène Lupin, Gentleman-Cambrioleur, comme le collier de la reine, qui est volé à l'instigation du seul enfant Lupin (genius).
-Clarisse n'est pas une Dreux-Soubise, mais une d’Étigues, dans La comtesse de Cagliostro.
Pour ceux que cela intéresse, une biographie d'Arsène par ici.
Mais j'aurais souhaité plus d'humour, un croisement improbable entre ce film et la série des Rouletabilles de Podalydès et frères. Vivants et déchainés.

C'est décidé, il faut que je vous parle du Château Noir.
03 mars 2007
Pascale Ferran-Lady Chatterley
Il y a plusieurs positions pour apprécier ce film. Je n'en retiendrai que deux.
Cinématographiquement. De ces films très exigeants qui s'ouvrent au spectateur (comme Constance s'ouvre à son amant, qui s'ouvre à elle à son tour) et lui construise un monde de perception intuitive. Des plans magnifiques, des regards subjectifs d'une variété infinie, des silences pleins de bruits qu'on a oublié d'entendre.
On est les personnages, on frémit, la salle sourit, s'émeut, physiquement. Il y a des ondes de gêne dans la salle tant il est étrange de ressentir du désir en public ET en même temps que son inconnu de voisin sans que ce soit pour son inconnu de voisin. Les acteurs sont d'un immense respect pour leurs partenaires et leurs personnages, en cela moins proche du roman. Ils sont magnifiques, rien à dire, c'est inimaginable dans des scènes qui pourraient être graveleuses et ne sont que d'une tendresse infinie. [Une idée de comparaison, la scène où Cynthia se confie et commence par le sexe libre pour finir dans l'abandon et l'émotion. Sexe, mensonges et vidéo] Bref, un grand moment de cinéma.
Philosophiquement. "L'amant de Lady Chatterley" est un de mes livres-culte qui subit un grand malentendu. Ce n'est pas un livre pornographique, mais vraiment un livre philosophique, sur les rapports de l'homme et de la femme avec la nature et leurs propres natures. D.H. Lawrence défendait l'idée, et vive la société victorienne, que l'homme ne pouvait vivre sans respecter ses pulsions animales, notamment sexuelles et naturelles, liées au rythme des saisons et des plantes, et que toute négation de ces pulsions étaient mortifères.
Le fim respecte à la lettre l'esprit du livre. Le scénario élargit ces idées à des théories plus politiques et économiques mais le scénario semble partir d'une deuxième version du livre, "Lady Chatterley et l'homme des bois", dont je ne connais pas l'existence. Je vous invite donc à vous plonger dans votre côté animal, à travers ce qu'il a de plus généreux et de plus noble, la vitalité, cette force qui vous pousse à créer, procréer, inventer, construire, léguer. Et n'allez pas voir ce film, ne lisez pas ce (ces) livre (s) de façon anodine, allez-y pour changer votre regard sur vous même et ce qui vous entoure.
24 février 2007
Régis Wargnier-Pars vite et reviens tard
Je vous avais déjà parlé de Fred Vargas
et de ses policiers décalés, un peu paumés, un peu limite. Voilà la
version cinématographique du roman homonyme. Rien que du beau monde
pour une enquête trouble autour de la peste et de la panique qu'elle
suscite. Tout roule, huilé et surprenant.
Maintenant, deux problèmes.
Premier, dommage pour le scénario plus édulcoré que le roman et qui du coup gomme la folie qui s'empare de tous ces personnages, une spirale infernale. Mais ça se gère...
Deuxième plus fondamentalement, le personnage central, Adamsberg, perd de l'épaisseur sans que je trouve quoi que ce soit à redire à l'interprétation de José Garcia (D'ailleurs, si quelqu'un veut m'aider à comprendre). Eternel séducteur, paumé, sensible, se fiant seulement à ses intuitions, rien de cette richesse ne transparait dans le film ou si peu. Et c'est cette richesse qui explique l'imbroglio avec Camille, la femme qu'il ne sait pas garder, alors qu'elle traverse le film sans qu'on y comprenne rien, si on a pas lu le livre.
Reste que c'est jouissif, tous ces gens qui se régalent et que ça mérite le détour. Rien que pour Olivier Gourmet, fabuleux Joss crieur public, une merveille.









